L'article complet dans le Figaro du 10/09/2005

EXtrait:

AUDIOVISUEL Enquête sur les coulisses de la première chaîne ludo-éducative panarabe inaugurée hier -Comment le groupe Lagardère a fabriqué la chaîne al-Jezira enfant

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Tout débute en mars 2002. A la tête de la Fondation du Qatar, la cheikha Mozha qui codirige le Qatar aux côtés de son époux, décide de lancer une chaîne éducative pour enfants. Francophile, cette mère de sept enfants n'ignore rien du succès de Canal J. Le Tunisien Mahmoud Bouneb, conseiller du président du conseil d'administration d'al-Jezira, se rend alors à Paris. Il y rencontre Claude-Yves Robin, le président de Canal J, et Jean Rouilly. «La première réunion fut la bonne», se souvient Mahmoud Bouneb, aujourd'hui président d'al-Jezira enfants.

Dix-huit mois plus tard, en septembre 2003, Jean Rouilly et Mahmoud Bouneb ont rendez-vous avec la cheikha au palais royal d'al-Wajba. Ils lui remettent l'étude de faisabilité. Un document de 600 pages ! Rien n'a été oublié : budget, programmes et management bien sûr, mais davantage, car les questions sont multiples. (...)

Autre souci : l'absence de revenus publicitaires. Le marché régional est aux mains des Saoudiens qui apprécient peu le Qatar. «A moyen terme, la chaîne ne sera pas rentable : son seul revenu viendra de la Qatar Fondation», reconnaît Jean Rouilly. Dernière question sensible : fallait-il baptiser la chaîne al-Jezira pour bénéficier de la notoriété de la marque ou oublier cette dénomination à la réputation sulfureuse ? Lagardère conseille de trouver un autre nom.

Ce sera le seul point de désaccord entre Paris et Doha. La cheikha octroie alors un second contrat à Lagardère : le lancement de la chaîne et l'embauche des 240 salariés. Al-Jezira enfants, société privée, est créée : la fondation du Qatar détient 90% du capital, le holding al-Jezira 10%. Au début 2004, les studios sortent du sable à Doha. A Paris, le groupe français utilise le carnet d'adresse de Canal J et sélectionne trente spécialistes. Ernst & Young France installe la structure administrative de la chaîne. M 6 Droits audiovisuels s'occupe de programmes courts. Dargaud Image fabrique des animations. Gédéon obtient l'habillage de l'antenne. A Marseille, Films d'avenir produit une émission sur le sport.

En fait, tous les producteurs de la chaîne sont français. La société Link, qui produit E=M6, livre douze magazines scientifiques. «Jusqu'à présent, la France était plus connue pour acheter des programmes de télévision que pour en exporter. C'est une vraie opportunité», s'enthousiasme son président, Mac Lesggy.

Pour le groupe Lagardère aussi. Jean Rouilly reste sur place. Pas question de faire comme les consultants britanniques à l'origine d'al-Jezira, en 1996, trop vite partis au point d'avoir durablement déstabilisé le management de la chaîne. L'homme de Lagardère siégera au conseil d'administration. Un poste d'observation clé pour s'informer des futurs projets audiovisuels du Qatar. Et, qui sait, pour se placer en cas de privatisation du groupe al-Jezira ? A Doha, l'ouverture du capital du bouquet n'est pas encore d'actualité. Mais au palais, certains parlent déjà de mariage et non plus de fiançailles. Arnaud Lagardère est attendu à Doha à la Toussaint.